Ambres

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La situation d’Ambres dit assez bien que ce village fut de haut lignage. Si les limites de la commune ont été revues à la baisse en 1826 sous la restauration de Charles X afin de la différencier de Giroussens, son histoire, elle, excède ses dimensions géographiques, remonte au Moyen-Âge, au temps des cathédrales et fait courir son renom, grâce à la vaillance des seigneurs d’Ambres, dans toute l’histoire du Languedoc.

La belle Baronnie

Les monuments qui attestent de sa grandeur d’origine ont pour la plupart disparu.

Son château dont la présence est attestée avant 1255 et qui était l’un des plus vastes et des plus somptueux du pays, fut détruit sur ordre de la Convention.
Pillées, ses ruines ont été vendues et servirent jusqu’en 1850 aux fondations des maisons. Un air de grandeur habite cependant l’esprit des lieux.

À l’origine, le château d’Ambres faisait partie des domaines de la puissante vicomté de Lautrec. Les aléas des successions et des procès le firent tomber en 1386 dans les mains du comte de Foix.

Le fougueux Comte de Foix Gaston Phébus entreprit de reconstruire le château d’Ambres, ses tours à mâchicoulis et de donner à l’ensemble un lustre digne de sa cour d’Orthez. Grand batailleur, il avait combattu à 25 ans en Prusse dans les rangs des chevaliers teutoniques ; chasseur, ami des arts et des lettres, il fut le modèle achevé des seigneurs de son temps et rebelle au pouvoir royal.

C’est pourtant au roi de France Charles VI, que ce seigneur despotique, qui avait tué de ses propres mains, dans une crise de colère, son unique fils légitime, fit donation du château. Le roi, bon prince, devait abandonner ses droits.

De Brunissende, la dernière des Lautrec, le château passa sur la lignée des Voisins, chefs du parti catholique dans les vallées du Tarn et de l’Agout, puis au XVIe siècle sur la lignée des Gélas, dont un des ancêtres avait épousé une descendante de La Hire, compagnon de Jeanne d’Arc.

Les Gélas, devenus marquis d’Ambres, et toujours vicomtes de Lautrec, avaient hérité de l’intransigeance d’esprit de leurs ancêtres. L’un d’eux, François de Gélas, quitta le service de Louis XIV pour ne pas donner du Monseigneur à Louvois « Ce que ni celui-ci ni le roi ne lui pardonnèrent jamais », d’après Saint-Simon.

Le mausolée érigé à sa mort à l’âge de 81 ans dans le chœur de l’église des Cordeliers de Lavaur, signé du grand sculpteur Marc Arcis, était réputé comme l’un des plus beaux du royaume.

Les deux derniers Gélas d’Ambres, ses fils (Hector-Louis et Daniel-François) eurent la même prestigieuse destinée. Le premier, siégeant aux États du Languedoc, reçut en son hôtel toulousain le duc de Richelieu. Le second, guerroyant de champ de bataille en champ de bataille jusqu’à Maastricht dans l’armée de Maurice de Saxe, est devenu ambassadeur, et la ville de Genève qu’il avait contribué à pacifier frappa en 1738 une médaille à son effigie représentant au revers la Valeur, la Prudence et l’Équité.

Le nom d’Ambres ne devait pas pour autant quitter la scène européenne jusqu’à la chute de la monarchie. Celle qui fut la dernière baronne d’Ambres porta la fortune de son nom à son point culminant en épousant à l’âge de 12 ans et 9 mois le comte de Noailles, premier duc de Mouchy, mousquetaire à 14 ans, capitaine à 16 et colonel à 19. Il finira à l’âge de 30 ans, après la victoire de Fontenay contre les Anglais, chevalier de la Toison d’or, grand Croix de l’ordre de Malte, grand d’Espagne et enfin Maréchal de France à 60 ans.
On ne s’étonnera pas que dans les débuts du règne de Louis XVI, pour l’arrivée du duc et de la duchesse d’Ambres (elle avait été demoiselle d’honneur de deux reines : Marie Leszcynska et Marie Antoinette) la ville d’Ambres leur offrit en grande cérémonie un veau de lait orné des couleurs du seigneur et loua tambours, fifres, hautbois… et poudre à tirer.

Mais une autre histoire était en marche. Son évolution aura été fatale aux derniers barons d’Ambres.
« Aucun pouvoir sur terre, dira plus tard Victor Hugo, ne peut arrêter une idée dont le temps est venu ».

La tourmente révolutionnaire devait emporter, et le château d’Ambres, et la vie de ses derniers barons.

Condamnés à mort, le duc de Mouchy, presque octogénaire, et son épouse furent guillotinés le 9 messidor de l’an II (27 juin 1794) et leurs corps jetés dans la fosse commune du jardin de Picpus à Paris.

Avant de mourir, le dernier des barons d’Ambres eut ce mot magnifique : « À quinze ans j’ai monté à l’assaut pour mon Roi, à quatre-vingts je vais monter à l’échafaud pour mon Dieu, mes amis je ne suis pas à plaindre ».
Les ombres du passé s’effacent et aujourd’hui seule la beauté des paysages nous accompagne quand nous montons sur la colline d’Ambres, ombragée par de magnifiques cèdres du Liban.

Des siècles passés, il reste des églises : Saint-Sauveur, Saint-Jean Montferrier (au pied du maître autel se trouve la pierre tombale d’Hector de Gélas, marquis d’Ambres en 1645) Saint-Eugène, Sainte-Cécile de Manens en bordure de l’Agout, enfin les ruines de l’église Saint-Sernin de la commanderie des Templiers du XVe siècle.

Une vierge en bois du XIVe siècle, une des plus antiques statues du département, a émigré de l’église Saint-Sauveur au musée de Lavaur. Quant au superbe mausolée de Marc Arcis de l’église des Cordeliers de Lavaur, deux fragments subsistent : l’un est au musée du Pays vaurais, l’autre au musée des Augustins et représente le maréchal à cheval.

Enfin, Ambres a découvert à la faveur de deux expositions (Soieries en sacristie au musée Paul Dupuy à Toulouse en octobre 98 et plus récemment Textiles sacrés du Tarn à Labastide-Rouairoux) qu’elle possédait un chef-d’œuvre de l’art religieux : une chape de cérémonie de la fin du XVIIe siècle, début du XVIIIe siècle, en soie blanche et violet fuschia.
Le paysage bucolique qui s’offre à vous, invite à la rêverie, il est un havre de paix et de quiétude.

A noter

Ambres aujourd’hui se caractérise par un belvédère, véritable balcon du Vaurais. Il offre une vue exceptionnelle sur la vallée de l’Agout.